At LeQsaR - Amar Ouali

At LeQsaR   -    Amar  Ouali

La robe kabyle d'At LeQsar - Bouira

La couturière Malika Kefil s'occupe depuis plusieurs années à la perpétuer à travers ses nombreuses confections. Consacrés à la région, ses articles trouvent cependant preneuses au-delà de l'horizon qui limite cette commune située à une vingtaine de kilomètres à l'est de Bouira et même à l'étranger.

 

La typique robe d'At LeQsar lui a permis de rafler l'année dernière le premier prix de la robe kabyle au concours ouvert à des candidates venues de toute la Kabylie. Mais il y a robe pour les jeunes filles de At LeQsar et une autre pour les personnes âgées. La couturière, qui travaille d'arrache-pied à habiller les femmes d'un certain âge avec cette robe, met deux jours à la tailler dans un tissu long — tenez-vous bien — de cinq mètres, et telle de la magie les deux robes, celle pour les jeunes femmes et l'autre pour les plus âgées.

Mais quand les coups de ciseaux se frottent au coup de génie, cela donne une nouveauté qui crée autant d'engouement que l'élément qui a servi de point de départ à l'invention. Dans un coup de génie donc, Mme Kefil a remis la robe pour grand-mère au goût du jour, et cela a marché, car toutes les femmes qui, à son avis, admirent ces sortes d'aïeules qui ont acquis avec l'âge sagesse et autorité et veulent leur ressembler non seulement en imitant parfois leurs manières de parler et d'agir, mais même en s'habillant comme elles.

Pour leur passer cette fantaisie, la couturière d'At LeQsar a pris ses ciseaux et remis donc la robe des grand-mères à la mode. Ainsi, quand l'envie leur en prend, à toutes ces jeunes femmes, et pas seulement de cette petite commune mais toutes celles en quête d'un peu d'exotisme, pourront le temps d'un caprice jouer aux aïeules vénérables. L'objet de la mode n'est-il pas justement de faire du neuf avec du vieux ? Le noir étant la couleur préférée du beau sexe de cette région, nous retrouvons cette couleur dans tous les tissus qui servent à la confection des robes d'At LeQsar , quitte à en atténuer l'effet un peu triste par les rubans qui rassemblent toute la panoplie rutilante de l'arc-en-ciel.

La couturière aux mains de fée en met autour du cou, comme un collier, et au bas de la robe. Alors que cette exubérance de couleurs au col et au bas de l'article en question se justifie aux yeux de l'habile couturière, qui pense un jour réunir et publier sa collection en un album accompagné de commentaires, par le fait que la Kabylie est le lieu où le printemps arrive à utiliser toute sa palette, le noir est un souvenir de deuil qui remonte en ces temps lointains où la jeune princesse qui et venue vivre avec son jeune cousin s'est donné la mort pour échapper à ses poursuivants, lancés à ses trousses par son père opposé à son mariage.

Marier harmonieusement toutes les couleurs qui éclatent aux deux coins de la robe comme le printemps dans les monts kabyles et ce noir, symbolisant un deuil plus que millénaire, c'est toute une gageure pour la couturière aux doigts magiques. Décidément, la Kabylie n'a pas fini de nous étonner par la richesse et la variété de son patrimoine culturel. La couturière se donne la mission de le promouvoir à sa manière tout aussi agréablement.

 

Par Ali D.

Quotidien El Watan du 23 Novembre 2008.



19/04/2009
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